Le 28 novembre 2023, les Congolais ont été appelés aux urnes pour élire leur président de la République. Il s'agissait de la troisième élection présidentielle depuis la fin de la guerre civile en 2003, et la première depuis le départ du pouvoir de Joseph Kabila en 2019. Le scrutin a été marqué par une forte participation, mais aussi par de nombreuses irrégularités et contestations.
Selon les résultats provisoires annoncés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le candidat du Front commun pour le Congo (FCC), Emmanuel Ramazani Shadary, a remporté l'élection avec 51,8% des voix, devançant le candidat de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Félix Tshisekedi, qui a obtenu 34,7% des suffrages. Le troisième candidat, Martin Fayulu, de la coalition Lamuka, a récolté 13,5% des voix.
Ces résultats ont été immédiatement contestés par l'opposition, qui a dénoncé des fraudes massives et des violations des droits de l'homme. Selon Fayulu, qui s'est proclamé "président élu", il aurait obtenu 61% des voix, tandis que Shadary n'en aurait eu que 18%. Il a appelé à un recomptage des voix et à la publication des procès-verbaux des bureaux de vote. Il a également saisi la Cour constitutionnelle pour demander l'annulation du scrutin.
La communauté internationale s'est également montrée sceptique face aux résultats annoncés par la CENI. Plusieurs pays, dont les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Union européenne, ont exprimé leurs doutes sur la crédibilité du processus électoral et ont appelé au respect de la volonté du peuple congolais. La Mission d'observation électorale de l'Union africaine (MOEUA) a estimé que les résultats provisoires étaient "en contradiction flagrante" avec les données collectées par ses observateurs. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui avait déployé plus de 40 000 observateurs sur le terrain, a affirmé que les résultats ne correspondaient pas à ceux issus de ses compilations.
Face à cette situation, le président sortant, Félix Tshisekedi, qui avait succédé à Kabila après une transition controversée en 2019, a appelé au calme et au dialogue. Il a affirmé qu'il respecterait le verdict de la Cour constitutionnelle, qui doit se prononcer dans les dix jours suivant la proclamation des résultats provisoires. Il a également tendu la main à l'opposition et à la société civile, en proposant la formation d'un gouvernement d'union nationale.
Le bilan des élections présidentielles de 2023 en RDC est donc mitigé. D'un côté, on peut saluer la mobilisation des électeurs, qui ont exprimé leur soif de changement et de démocratie dans un pays marqué par des décennies de conflits et de crises. De l'autre côté, on peut regretter les nombreuses irrégularités et violences qui ont entaché le scrutin et qui risquent de plonger le pays dans une nouvelle crise politique. Il reste à espérer que les acteurs politiques sauront privilégier l'intérêt supérieur de la nation et trouver une issue pacifique et consensuelle à cette situation.